26 septembre 2022

Jérémie

Enseignement sur le livre de Jérémie/// Père Alexis Leproux.  16 janvier 2014

Le livre de Jérémie nous amène à approfondir la dimension prophétique de notre baptême : est-ce que la Parole de Dieu nous fait vivre aujourd’hui, est-elle pour moi un chemin de libération et de liberté, comment permet-elle une croissance de ma liberté et une densification intérieure ? Ces questions existentielles sont ancrées dans des caractéristiques du livre : la personnalité de Jérémie qui, en temps de crise, approfondit son appel et sa réponse, l’alternance entre bons et mauvais prophètes traduisant l’aspect central de la Parole de Dieu…L’actualité du livre se fait d’autant plus pressante lorsque le deuxième concile œcuménique du Vatican invite à vivre de la Parole de Dieu, lorsque nos contemporains parlent de droits de l’homme, de personne, d’égalité, autant de signes d’espérance si la Parole de Dieu est le chiffre de la liberté personnelle et de l’agir du peuple.

1.Comment répondre à l’appel de Dieu : croissance de la liberté versus idolâtrie

Le livre de Jérémie est paradigmatique de cette croissance de la liberté et Jésus nous le rappelle, car les passages les plus éprouvants sont ceux qui le préparent à l’accomplissement du don définitif à la Croix, à cette béatitude mystérieuse de la Passion-Résurrection. En effet, Jérémie entre dans un dialogue intime avec le Dieu de l’Alliance. Tout d’abord, il objecte son incapacité : « Ah ! Seigneur Yahvé, vraiment, je ne sais pas parler, car je suis un enfant ! » (Jr 1,6). C’est souvent la marque d’un appel dans la Bible. C’est alors que l’originalité sera le développement important d’un dialogue entre Dieu et Jérémie dans une crise et un renouvellement de sa vocation[1]. Il découvre progressivement que Dieu agit avec lui (par exemple Jr 20,7-13). Il ordonne ses tourments intérieurs à la mission et sa relation à la parole de Dieu devient condition primordiale de sa vraie liberté. C’est cela que le couples sont appelés à vivre dans le mariage ou les consacrés dans la solitude.

Davantage, le livre nous montre l’attitude opposée à la liberté : l’idolâtrie du peuple. En dissolvant son lien amoureux avec le Dieu de l’Alliance, il a cherché de supposées lumières multiples, essoufflant ainsi sa liberté, au lieu de la laisser sous le regard de Dieu. Sa Parole illumine, simplifie, densifie la liberté de tout homme. Dans l’exercice prophétique, Jérémie manifeste au peuple qu’il a perdu l’amour exclusif de son créateur et époux. Cette exhortation fait ressortir d’une part un rapport analogique entre la liberté d’un homme et celle du peuple, met d’autre part en évidence l’hypocrisie de porter le nom du Seigneur alors que l’on s’attache aux idoles.   

2. Exigence du prophétisme et discernement   

La dimension prophétique est donc exigeante pour nous-mêmes et pour les autres et demande un discernement. Pour chacun, il s’agit non seulement d’éviter le mal pour faire le bien (libre arbitre), mais très souvent se présentent à l’homme plusieurs biens. Il doit alors choisir le meilleur, en vue de sa fin, la louange de Dieu. Cela suppose de considérer l’ensemble de sa vie pour pouvoir chanter comme Syméon le Nunc dimittis (Lc 2). Davantage, l’exercice des vertus peut se faire d’une façon plus ou moins discrète et l’homme doit trouver la mesure de cette manifestation dans ses actes quotidiens pour grandir en liberté. L’appel prophétique est alors vraiment signifiant et pousse à la mission. Si l’annonce est audacieuse, elle est nécessairement prudente[2]. En ce sens, il ne faudrait pas se tromper de message. Par exemple envers des chrétiens non pratiquants, qui sont sur un chemin d’éducation, il ne serait pas évangélique de leur reprocher quelque chose avant qu’ils n’en aient été instruits. C’est le cas pour la messe dominicale, ils peuvent ne jamais avoir appris à y aller.    



[1] Pour approfondir : A. Mello, Le courage de la foi, Jérémie, prophète pour un temps de crise, Lethielleux, Paris, 2007, 130 p. (traduit de l’italien Geremia, commentario esegetico-spirituale, Edizioni Qiqayôn, 1997).

[2] En morale, l’audace est une des expressions de la prudence.