6 juillet 2022

Job

Injuste, imprévisible, incompréhensible, la souffrance est une expérience de l’extrême révoltante. Pourquoi Job, l’homme juste doit-il souffrir? Peut-on souffrir avec vertu?

Telle est la question que se pose Job, ses trois amis, sa famille. Chacun argumente, console, s’indigne pour tenter de comprendre l’énigme du mal. Colère, lamentations, cri vers Dieu, Job pose une résistance angoissante à justifier cette souffrance et nous invite à contempler la sagesse du mystère de la Croix.


Enseignement sur le livre de Job

Père Alexis Leproux. 21 mars 2014.

Le livre de Job témoigne de la fidélité d’un homme au cœur d’une accumulation d’épreuves, dans une souffrance renforcée par les conseils malvenus d’amis. Cela montre un conflit[1] entre l’expérience réelle d’un homme et tous les discours d’explication. Revenons sur nos souffrances et joies, comme lieu incommunicable dans un discours rationnel, comme mystère de présence et de communion.

 

  1. Souffrances et joies : le refus d’un discours explicatif

Job présente le cadre mythique d’un héros riche de ses femmes, de ses amis, de ses troupeaux…dont il va se trouver dépouillé. Ce cadre nous invite à identifier ce qui nous est cher en voyant que nous pouvons le perdre. Certains ont un grave problème de santé physique, psychique (exemple : burn-out), d’autres font l’expérience du décès d’un proche, Joseph et Marie sont angoissés d’avoir perdu Jésus (Lc 2,48)…Face à ces épreuves, l’esprit humain est tenté soit par un discours explicatif d’une réponse universelle soit par la rationalisation d’une souffrance singulière. Ainsi, nous nous trouvons un bouc émissaire, accusant un autre ou soi-même, rejetant la faute sur Dieu, sur Satan, sur l’Eglise…Il y a une difficulté à ne pas entrer extérieurement ou intérieurement dans ces processus explicatifs. Or le chemin biblique est différent. Il parle de mystère et de silence. Un homme au cœur brisé expérimente cette porte étroite où Dieu lui-même va le saisir. Cette faille profonde peut être vécue à différents âges, selon les circonstances de la vie. Pour habiter spirituellement une telle situation, pour ne pas céder à la peur, le bienheureux Jean-Paul II nous apprend à nous appuyer sur le Seigneur. C’est ainsi qu’il a prié pour le moment où il perdra ses facultés[2]. Il s’agit de la communion avec Dieu dans la souffrance. Mais c’est aussi la question de communion avec autrui, que suscite l’attitude des amis de Job.

 

  1. Communion avec Dieu et les autresEn soulignant le silence rationnel pour vivre uni à Dieu dans la souffrance, une même pudeur est de mise face au malade, à l’ami éprouvé…C’est l’écoute silencieuse des soins palliatifs, de la bienheureuse Mère Térésa visitant les malades…Il ne s’agit ni d’une résignation ni d’une fascination face aux malheurs de l’autre. C’est l’apprentissage d’une façon d’être présent, aimant en vérité à côté de celui qui souffre. C’est une expérience de communion entre un homme qui a été ou sera personnellement éprouvé dans sa capacité d’aimer et un autre souffrant aujourd’hui. Il s’agit de vivre une grâce d’obscurité de la vie/de l’âme, qui est ontologiquement hors de portée des sciences humaines. Ne pas donner à l’autre une explication, c’est entrer dans une logique de bien et ne pas chercher à saisir et comprendre le mal. Jésus le souligne avec l’exemple de l’aveugle-né (Jn 9). Ne pas recourir à la causalité explicatrice est important car l’homme devient ce qu’il cherche à comprendre : les amis de Job sont pour lui une torture1, deviennent le mal.


[1] Fabrice Hadjadj, qui étudie le message philosophique de Job, parle de torture en intitulant son ouvrage Job ou la torture par les amis, Salvator, Paris, 2011.

[2] Jean-Paul II (Bx), Acte d’abandon à la miséricorde divine, Les annales d’Ars, N.269, 2000.