26 septembre 2022

Michée

Les premières lignes du livre du prophète Michée annoncent le jugement divin qui doit frapper les capitales des deux Royaumes, Samarie et Jérusalem. En quelques sept chapitres, le livre présente une alternance d’oracles de jugement contre l’idolâtrie et les injustices sociales, et d’oracles de salut qui annoncent une Jérusalem en gloire pour le peuple rescapé de l’épreuve de l’Exil, « le petit reste ». En attendant le Messie, nouveau David né à Bethléem, le peuple doit passer par une épreuve de purification pour monter à la montagne du Seigneur.

Enseignement sur les livres de Michée et Osée
Père Alexis Leproux, Paul et Coralie de Rochebouët.  30 janvier 2014.

Michée et Osée, prophètes du VIIIème siècle avant J.C., respectivement au Sud et au Nord sont appelés « petits prophètes ». De même Joël, Amos, Abdias, Jonas, Nahum, Habaquq, Sophonie, Aggée, Zacharie, Malachie. Ces livres témoignent des premiers pas de la littérature biblique (cf. Osée, Amos) qui met par écrit l’expérience de Dieu. Leurs thèmes principaux comme l’idolâtrie, la prostitution, le procès prophétique…seront enrichis dans les livres de Jérémie, Isaïe, Ezéchiel, que nous avons déjà abordés. Ainsi, Michée et Osée nous permettent de revenir sur deux motifs : d’une part les conflits, d’autre part la conjugalité. Ils sont comme entremêlés dans ces livres, tout en présentant quelques caractéristiques propres. Approfondissons de nouveau ces thèmes dans une époque où la mode est celle de la « gestion de conflits », des « thérapies de couple », du « zapping relationnel ».  

 1- Les conflits qui donnent vie

Au quotidien nous sommes confrontés à des conflits (amicaux, conjugaux, professionnels, ecclésiaux…), expérience qui interroge notre rapport à la paix. Quelle paix construisons-nous, comment y œuvrons-nous, quel est le lien avec notre foi chrétienne… ? Tout d’abord, remarquons que l’enjeu de nos relations interpersonnelles est un appel à l’amour, c’est-à-dire un aspect décisif pour la paix. Cet appel est une prise de conscience que les liens terrestres ont une valeur d’éternité. Il permet de percevoir qu’une relation peut être vécue comme un engagement héroïque, dans la fidélité éprouvée par le temps. Cet appel à aimer jusqu’à la mort, à l’image du Christ, est au cœur de notre foi. Néanmoins, regarder cette paix comme une finalité quotidienne ne doit pas masquer la réalité de nos épreuves. Comment en vivre concrètement ?

Une première manière est de sortir de notre endurcissement de cœur, de mettre fin à nos refus de faire la vérité. L’expression biblique « colère de Dieu » nous rappelle l’amour de Dieu qui nous poursuit pour que nous faisions la vérité et vivions de la charité. Cela nous renvoie donc au grand commandement de l’amour de Dieu et du prochain en posant une deuxième question, celle de nos paroles posées lors d’un conflit. Quelles sont nos paresses et nos manques de paroles envers l’autre, sommes-nous prêts à des concessions ? Comment sommes-nous capables d’entrer dans une reconnaissance et une estime mutuelle qui se construit au fil du temps ? Quelle est notre expérience du pardon ? Nous voyons ici que le risque de l’évitement ouvre la brèche des malentendus, envenime le conflit en construisant une paix sur quelques apparences. A contrario la paix réelle va être bâtie en affrontant quelques conflits qui vont conduire à une plus grande vie. Quelques exemples dans la vie de couple illustrent cela. 

2- Paroles dans le couple

Dans le couple, nous voyons particulièrement l’importance de poser une parole. La vie commune pose concrètement la question de savoir quelle parole poser. Il y a une manière de dire une parole prophétique qui s’apprend. Engager une parole vraie exclut sans doute une fausse paix, mais si c’est pour rester s’enfermer dans une série de reproches, cette véracité exclut la charité et ne conduit pas à la paix. Une paix « installée »[1] peut conduire à une rupture, la série de reproches stériles également. Nous percevons que prononcer une parole prophétique suppose la charité, c’est-à-dire l’intercession pour le conjoint (mission de prêtre). Même si le reproche est ardu, il s’agit de porter un regard d’espérance sur l’autre avec qui je suis une seule chair, et de me souvenir que lui aussi peut faire de même à mon égard. Cette communication qui s’inscrit dans un dévoilement des corps et des cœurs est source de plus grande communion. Communion dans le couple et communion à Dieu. Si les conjoints prient personnellement, ils prient aussi ensemble, ce qui construit la communion.



[1] Benoît XVI a développé ce thème pour l’Eglise : « nous ne pouvons plus rester impassibles, dans une attente passive à l’intérieur de nos églises » (13 mai 2007, Aparecida)  cité par François, Exhortation apostolique Evangelii gaudium, N.15, 2013.