27 janvier 2022

Rois

Les livres des Rois proposent un vaste panorama de l’histoire de la monarchie en Israël. Du règne apparemment sage et glorieux de Salomon, au schisme entre les tribus du Nord et les tribus de Juda et Benjamin au Sud, les infidélités et les intrigues des rois mènent le royaume déchiré à sa perte jusqu’à la déportation par les Assyriens à Babylone.Héritage et transmission de la charge royale, fidélité à la Promesse : sur quels principes reposent l’autorité et les actes des rois d’Israël? Un guide de conduite politique pour gouverner, discerner et agir; plus largement des paroles pour réfléchir sur notre appel à vivre notre vocation d’adulte libre et responsable.

Recommandation /// lire les chapitres 1 R, 12, 21 et 2 R, 4

 

Enseignement sur les livres des Rois

Père Jean-Baptiste Arnaud.  12 décembre 2013.

1,2 Samuel avait annoncé les déboires de la royauté et le panorama du « livre des Rois » (1R et 2R) manifeste l’ampleur du problème : après la mort de David (v.-1000), a lieu le schisme (-921/920) séparant le Royaume du Nord qui sera livré aux Assyriens (-721)  du Royaume du Sud qui connaîtra l’exil à Babylone (-587). Dans ces quatre siècles de succession de mauvais rois, ressortent quelques figures de bons rois : Salomon (1R 1-14 ;2R 21-25), Ezéchias (2R 16-21), Josias (2R 21-23). Loin d’une interprétation duale entre bien et mal, cette vue d’ensemble nous invite à approfondir la complexité des personnages. Par exemple avec Salomon, nous voyons comment les dons qu’il reçoit de Dieu peuvent mener à l’idolâtrie, que révèle le prophète Elie. Cela introduit la question du cœur, de la conscience, comme axe de lecture de 1,2 R.

 

1-    La conscience : lieu du combat spirituel

Dans la prière, le Seigneur dit à Salomon de demander ce qu’il veut. Alors Salomon demande un cœur sage, plein de jugement (cf. 1R 3). Dans le langage biblique, le cœur est le lieu de l’alliance entre Dieu et l’homme, là où se rencontrent leurs volontés. Aujourd’hui, nous l’appellerions le sanctuaire intime[1] de la conscience et Salomon reçoit le don de discernement. Il entre alors dans le combat qui consiste à savoir comment se déterminer pour le meilleur bien, comment faire fructifier les biens reçus du Seigneur. Concrètement, Salomon a reçu en abondance ; comment allier ce cœur sage avec la richesse et le pouvoir ? S’il est évident que nous pouvons avoir un rapport idolâtre à ces deux biens, nous pouvons aussi entretenir un tel rapport à l’image que nous nous faisons de nous-mêmes. C’est peut-être là le grand motif d’idolâtrie, qui nous empêche d’être libres, d’accueillir Dieu pour ce qu’il est. Salomon, le roi sage, entrant dans ce combat, fait l’expérience d’un cœur divisé. Cela a des conséquences sociales dans le schisme du royaume entre un royaume du Nord avec son général Jéroboam (1R 11sv.), et un royaume du Sud avec son fils Roboam (1R 12). Puis le déclin de ces royaumes soulignera le processus d’idolâtrie. Des prophètes comme Elie révèleront l’idolâtrie en invitant à la conversion (1R 17-18), à un retour plus profond à l’intérieur de la conscience. L’homme est plus grand que son péché et la miséricorde divine l’invite à ressembler à Dieu dont il est l’image,  à se déterminer en conscience et tenir fidèlement sa décision.

2-    Miséricorde et péché

Jésus-Christ nous met aussi en garde contre l’idolâtrie en présentant un choix dual entre Dieu et Mammon (Mt 6,24)- parfois traduit par le mot Argent[2]. Néanmoins, c’est bien tous les types d’idolâtrie que Jésus dénonce pour que Dieu habite en l’homme, ce Dieu plus fort que la mort dont il nous donne la vie par son mystère pascal. Cette perspective d’unité est aussi présente dans le livre des Rois. En effet, à la division du cœur de Salomon et du royaume, répondent les règnes d’Ezéchias et Josias qui reforment le peuple et refondent l’alliance. De plus, la mort de Josias à MeGiDDo (2R 23), c’est-à-dire harMaGeDôn (Ap 16,16) permet de rompre avec une tentation d’interprétation sous forme d’une théologie de la rétribution. Ce messie souffrant manifeste combien la profondeur du mystère divin est au-delà d’une vision d’un Dieu qui distribuerait encouragements et punitions à son peuple en fonction des comportements royaux. Cette miséricorde de Dieu est aussi mise en relief dans l’épisode d’Achab puisque Dieu patiente pour la conversion : la peine pour son péché est différée dans le temps (1R 21).

C’est sous cet éclairage de la miséricorde que nous pouvons lire un enseignement sur le péché. Il est présenté dans sa dimension personnelle et collective : mon péché a des conséquences qui m’échappent. Il y a donc un lien intime entre une confession personnelle et une prière pour la paix ou l’unité dans le monde. Le bienheureux Jean-Paul II a particulièrement mis en valeur la conscience dans sa responsabilité individuelle qui engage une dimension collective, avec l’existence de « structures de péché»[3].

 



[1]Cf. Bienheureux Jean-Paul II, lettre encyclique Dominum et vivificantem, 1986, N. 43 et lettre encyclique Veritatis Splendor, 1993, N.54.

[2] Sur l’idolâtrie, voir aussi J.-M. Lustiger, Comment Dieu ouvre la porte de la foi, « Le veau d’or est toujours debout », les formes permanentes et contemporaines de l’idolâtrie Paris, DDB, 2004, pp.45-68.

[3] Voir bienheureux Jean-Paul II, lettre encyclique Sollicitudo Rei Socialis, 1987, N. 36.