27 janvier 2022

Samuel

 « Tous les anciens d’Israël se réunirent et vinrent trouver Samuel à Rama. Ils lui dirent :  » Tu es devenu vieux et tes fils ne suivent pas ton exemple. Eh bien! établis-nous un roi pour qu’il nous juge, comme toutes les nations.  » (1S 8,4-5)

Samuel, dernier juge en Israël, est le prophète choisi par Dieu pour oindre et établir comme roi d’abord Saül, homme selon le désir d’Israël, puis David, homme selon le coeur de Dieu. C’est la maison de David, le roi par excellence qui doit occuper le trône installé dans la nouvelle capitale de Jérusalem.

Recommandation /// lire les chapitres 1 Samuel, 16-18 et 2, Samuel 7

 

Enseignement sur les livres de Samuel

Pères Jean-Baptiste Arnaud et Alexis Leproux.  5 décembre 2013.

Au fil de notre parcours biblique, il y a une complexification des personnages, de leurs relations, et les livres de Samuel introduisent à une nouvelle profondeur de la révélation sur l’existence humaine. Dans ce chef d’œuvre de la littérature, mêlant poésie, chevalerie…l’art de raconter la royauté de Dieu et des hommes nous amène à réfléchir sur la manière dont le dessein divin habite le cœur de l’homme. En effet, les distinctions entre les personnages, les contrastes entre les figures royales (oints) renvoient le  lecteur aux différents aspects de sa vie, et l’invitent à écouter une parole de miséricorde et de pardon.

1-    Une histoire de miséricorde

Au début du livre, Anne donne naissance à Samuel, alors qu’elle était stérile (1S 1). Samuel est donc le fruit de la miséricorde de Dieu. Dieu a exaucé la prière d’Anne, alors qu’elle était irritée par la colère de l’autre femme d’Elqana, Pennina (Ibid.). Cet épisode rappelle celui d’Abraham et Saraï (Gn 17, Sara en Gn 21), mais la miséricorde prend une ampleur particulière dans les livres de Samuel. Elle serait davantage une rhapsodie, battant au cœur de ces livres, dont nous entendrions les variations, grâce aux événements rapportés dans différents genres littéraires. Ainsi, la miséricorde conclut ces livres, dans un récit très différent : celui du péché du dénombrement de David (2S 24). Le Seigneur laisse à David un choix entre trois châtiments : il choisit la peste, et Dieu suspend son exécution au-dessus de l’aire d’Arauna (Ibid.). Nous pourrions aussi évoquer le combat entre Saül et David, deux oints, dans lesquels David reconnaît l’onction de Saül au-delà de son hostilité (1S 24). Cette dimension guerrière est une invitation pour le lecteur à prendre conscience de ses combats spirituels -comme nous l’envisagions en lisant Josué-. Davantage, l’épisode nous pousse à approfondir le lien entre miséricorde et pardon.

 

2-    Le pardon : pardon des ennemis et pardon intérieur

Un danger chrétien est d’écarter de son horizon spirituel le pardon des ennemis en se disant que ce serait une parole de Jésus (Lc 6,27), proprement divine, inatteignable. L’Ancien Testament contredit cela : l’exemple de David met en relief trois dimensions du pardon : nous avons vu qu’il pardonne à Saül et nous allons voir qu’il pardonne à son fils Absalom et apprend à recevoir le pardon de Dieu. Lors de l’épisode avec Absalom, David fuit par le Cédron (2S 15,23) et pleure (2S 19,1) en s’exclamant à la mort de son fils : « mon fils Absalom !que ne suis-je pas mort à ta place ! «  (2S 19,2), ce qui évoque Gethsémani. De là découle une double interrogation : comment David fait-il et comment pouvons-nous pardonner à nos ennemis ? Les exemples précédents montrent qu’il ne s’agit pas d’établir une liste de nos ennemis, liste embarrassante dont nous ne saurions que faire, nourrie des tensions professionnelles, amicales ou ecclésiales…Avec David, c’est plutôt un art du combat qu’il exerce quotidiennement au cœur des situations auxquelles il est mêlé. En effet, dans l’adversité, face à tel ennemi qui l’éprouve, il se confie en Dieu. En Saül, il reconnaît un oint. Autrement dit, ce huitième fils (1S 16) appelé par le Seigneur ne compte pas sur ses propres forces : il s’appuie humblement sur Dieu, et voit dans l’autre quelqu’un choisi par Dieu. De même le chrétien, choisi par Dieu lors de son baptême, peut entrer dans le pardon suprêmement accompli par Jésus sur la Croix. Il s’agit donc de regarder d’une part de qui je suis l’ennemi, de Jésus, qui est mort pour mes péchés, et d’autre part de reconnaître celui qui m’a pardonné alors que j’étais son ennemi.

Recevant et acceptant de Dieu le pardon, la libération m’apprend à pardonner. Il y a donc un lien entre le pardon des ennemis et le combat spirituel. C’est l’occasion de dire que la figure de David n’est pas idéalisée. Ses pulsions le poussent à transgresser les commandements : adultère avec Bethsabée, meurtre d’Urie (2S 11), mais par la médiation prophétique de Natân (2S 12), il confesse sa faute dans le Miserere (Ps 51(50)), reçoit le pardon et l’accepte. Ainsi, la violence des combats de 1,2S apprend au lecteur à employer, dans son combat spirituel, des armes qui ne sont pas celles du monde, pour qu’il entre dans « cette grâce des grâces de s’aimer soi-même comme un membre du corps du Christ » (G.Bernanos, Journal d’un curé de campagne).